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Full text of "Notice biographique sur Mgr. J.J. Lartigue, premier éveque de Montreal"

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NOTICE BIOGRAPHIQUE 



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SUR 

MGR. J J. LARTIGUE, 

PREMIER EVEQUE DE MONTREAL. 

(EXTRAIT DES MELANGES RELIGIEUX.) 

L'Eglise de Montréal n'a pas oublié son illustre fondateur dont le* 
brillantes qualités peuvent illustrer tout à la fois et la Religion dont il fut un 
digue ministre et le Pays qui l'a vu naître. Nous venons d'atteindre au jour 
anniversaire de la perte immense que fit ce Diocèse, lorsque la mort lui enle- 
va Mgr. J J.Lartigue de si heureuse mérnoire.Les précieux monumens éle- 
vés par le zèle et les vertus de ce vénérable Prélat devant éterniser sa mémoi- 
re et le faire à jamais bénir dans ce diocèse,il suffirait,ce semble,de laisser parler 
les faits mémorables qui lui assurent une place parmi ces justes 5 dont il est écrit: 
in memoriâ œîernil eritjustus ; ab auditione malâ non toefo'#.(Ps.CXL)Né* 
anmoins la postérité nous saura gré de lui avoir transmis ces faits parla pré- 
i sente notice, que nous publions sur ce journal, qui, pour avoir paru après sa 
mort, ne lui doit pas moins son origine. 

M. JEAN JACQUES LARTIGUE naquit à Montréal,le 20 juin 1777, 
de M. Jacques Lartigue, médecin de cette ville aussi religieux que zélé dans sa 
profession, et de Marguerite Guerrier dont la haute piété a fait longtems l'or- 
nement de cette ville et dont la famille se rattache à ce qu'il y a de plus dis- 
tingué dans cette Province. Né après plusieurs années de mariage, il fut 
regardé comme un présent que le ciel accordait aux vœux ardens de ses ver- 
tueux parens, qui, en reconnaissance, s'attachèrent à lui former l'esprit et le 
cœur par une excellente éducation et par toutes sortes de bons exemples. 
Ses premières années furent marquées par cette vivacité d'esprit qui fait 
augurer un génie transcendant. Aussi fit-il, sous la direction des MM. de 
St. Sulpice, des études dont le succès semblait annoncer qu'il était ap- 
pelé à de grandes choses. Il est à remarquer que sa classe a été la pre- 
mière qui ait terminé son cours dans l'ancien collège de Montréal, dont le* 

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élèves allaient auparavant faire leur philosophie à Québec. Il n'avait que 
14» ans quand son père mourut. La perte de ce père qu'il aimait avec une 
tendresse plus qu'ordinaire et dont il était aussi extraordinairement aimé, lui I 
causa une si grande douleur qu'elle influât sur son caractère, qui d'enjoué, 
qu'd avait été jusqu'alors, devint grave et sérieux. Ce fut à cette époque 
que ce jeune étudiant se livra à l'étude avec une ardeur incroyable. 

Ayant achevé son cours en 1793, il étudia d'abord la langue anglaise,puis 
la Loi, successivement sous M. Foucher et M. Bedard, avocats de cette ville. 
Il commença dès lors à faire connaître son talent admirable pour la parole, 
en s'exerçant à la déclamation devant ses compagnons de cléricature, qui se 
plaisaient à l'entendre débiter les plaidoyers qu'il composait pour se préparer 
à faire triompher un jour la justice et la vérité. Il étudia la Loi avec beau- 
coup d'application ; et il fit ensuite servir à l'avantage de la Religion les 
connaissances du Droit Civil, qu'il acquit alors. En même tems,il apprenait 
la Loi Divine en étudiant avec ardeur la Religion et ses dogmes sacrés, pour 
pouvoir défendre sa foi contre les attaques des incrédules qu'il devait rencon- 
trer dans le monde ; et ce fut avec un tel succès,qu'il lui arrivât de dire ingé- 
nument, après son élévation à l'Episcopat : " J'étais aussi capable de sou- 
" tenir les intérêts de la Religion contre l'impiété des Philosophes, pendant 
" que j'étais dans le monde, que maintenant." 

Mais le monde n'était pas digne de lui ; aussi lui dit-il adieu pour toujours, 
à l'âge où tous les plaisirs semblaient conspirer à l'y retenir.Quoiqu'il pût pré- 
tendre aux situations les plus honorables de la société, dont il lui était facile de 
devenir un des brillants ornemens, néanmoins il ne résista pas à la volonté 
de Dieu, qui voulut faire servir plus directement à l'avantage de la Religion 
les riches talens dont il était orné. La vie édifiante qu'il menait dans le 
monde l'avait préparé à la grâce de sa vocation. Voici un trait de sa délicatesse 
de conscience. Pendant qu'il suivait son cours de droit, il s'était lié d'amitié 
avec un jeune clerc-avocat,protestant,doué de beaucoup de talens et qui mon- 
trait^ toute occasion, une grande réserve. Un jour qu'ils se promenaient 
tous deux aux environs de l'Hôtel-Dieu de cette ville, la conversation 
tomba naturellement sur les Religieuses, qui l'administrent et sur les services 
qu'elles rendent, par leurs soins charitables, à l'humanité souffrante. Pen- 
dant cet entretien, qui leur offrait des réflexions d'un bien utile intérêt, il ar- 
riva au jeune protestant de dire : qu'il regrettait une seule chose : c'était de 
voir que ces bonnes Religieuses ne se mariassent point ; et qu'il était impos- 
sible pour elles de vivre ainsi sans tomber dans le libertinage. " Vous me 



« prenez donc pour un libertin, moi aussi, puisque je ne suis pas marié : " 
reprit avec vivacité M. Lartigue qu'un pareil discours jeta dans un grand 
étonnement ; "vous êtes donc vous-même un débauché, puisque vous n'êtes 
"pas. marié, vous non plus ? " Une réponse aussi ferme dut rendre son 
ami plus discret à l'avenir. 

Dégoûté du monde et docile à la voix de Dieu qui l'appelait au service de 
l'Eglise, il se présenta à Mgr. Pierre Denaut, Evêque de Québec, qui 
l'admit dans la milice sacrée en lui conférant la tonsure et les Ordres moin- 
dres, le 23 Septembre 1797, le jour même que ce prélat, qui résidait à Lon- 
gueuil, faisait son entrée épiscopale dans l'église paroissiale de Montréal. Il 
ne prévoyait pas sans doute que cette entrée à Ville-Marie dût être marquée 
par une grâce aussi singulière que celle de lui préparer son premier évêque. 
Mais il suffisait que cela fût réservé dans les vues de la Divine Providence. 
Les MM. de St. Sulpice le demandèrent à l'Evêque et l'envoyèrent à leur 
collège où, sous ces habiles maîtres, il étudia la théologie avec un succès dis- 
tingué. Mais son application trop soutenue à une étude aussi sérieuse, le fit 
tomber, en 1799, dans une maladie grave dont les suites furent d'affaiblir si 
considérablement son tempérament,et de le réduire lui-même à un tel état 
de langueur que, pendant sept ans,il ne fut pas un seul instant sans souffrir ; en 
sorte qu'il avait perdu la sensation délicieuse que fait éprouver la santé. 

Mgr. Denaut, qui avait un discernement admirable pour découvrir les 
hommes de mérite, et un rare talent pour en tirer parti, au profit de l'Eglise, 
voulut s'attacher M. Lartigue comme secrétaire. Il l'avait fait Sous- 
Diacre le 30 Septembre 1798 ; il l'ordonna Diacre le 28 Octobre de l'année 
suivante et alla le 21 Septembre 1800 lui conférer la prêtrise à St-, Denis, 
dont M. Cherrier, son oncle, Vicaire-Général et homme d'un mérite distin- 
gué, était Curé. L'application du nouveau secrétaire aux affaires du dio- 
cèse,son talent pour discuter et approfondir toutes les matières ecclésiastiques, 
son ardeur à acquérir de nouvelles connaissances par une étude méthodique, 
sa prudence et sa discrétion, jointes à ses autres qualités, le mirent 
bientôt en état d'aider puissamment au gouvernement de l'Eglise. Aussi son 
évêque ne voulut-il jamais consentir à se priver de ses services jusqu'à sa 
mort, qui arriva le 17 Janvier 1806, quoique celui-ci lui eût souvent deman- 

é la permission d'entrer à St. Sulpice. Ce fut avec une égale appréciation 
de ses talens qu'il le recommanda à son successeur, Mgr. J. 0. Plessis, comme 
un sujet digne de l'Episcopat,si, par la suite, il se trouvait dans la nécessité 
de présenter au St. Siège quelque prêtre pour occuper ce poste éminent. Il 
est aisé de remarquer en tout ceci l'action de la providence, qui préparait de 



loin son serviteur à remplir le haut ministère dont elle devait le charger un 
jour. 

Mgr. Denaut étant mort, M. Lartigue n'éprouvait plus d'obstacle pour 
entrer à St.Sulpice,où ses inclinations le portaient depuis long-tems.Mgr.Plessis 
ayant donné son consentement, les MM. du Séminaire reçurent ce nouveau 
membre à bras ouverts et le regardèrent comme une acquisition précieuse pour 
leur maison. Il entra dans cette Compagnie le 22 Févrierl806,et le 1er .Fé- 
vrier de l'année suivante, il fut agrégé comme directeur. Pendant quinze 
ans, il fut l'ornement de cette communauté par son zèle infatigable, par son 
rare talent pour la prédication, son ardeur incomparable pour la conversion 
des plus grands pécheurs et sa grande charité envers les pauvres. Malgré les 
nombreuses occupations qui devaient, ce semble, absorber tout son temps, il 
mettait un si bel ordre dans l'accomplissement de ses devoirs, qu'il trouvait 
toujours le loisir de visiter régulièrement les fauxbourgs dont on Pavait char- 
gé, d'y maintenir l'ordre, comme l'attestent les personnes qui ont eu le bon- 
heur d'être sous son administration, de passer une partie considérable de la 
journée au confessionnal, d'étudier avec profit la théologie et l'Ecriture Sainte 
comme le prouvent les manuscrits qu'il a laissés, et de se tenir encore au 
courant de toutes les affaires de son pays qui l'intéressa toujours bien vive- 
ment. 

Le gouvernement n'eut qu'à se féliciter de son habileté à manier les esprits 
de ses concitoyens, pendant la dernière guerre américaine. Car, un certain 
Légiste, d'origine britannique, ayant essayé de persuader aux milices Cana- 
diennes, alors sur pied, qu'on ne pouvait pas légalement les retenir au-delà 
d'une certaine époque, elles menaçaient de se débander. Sur l'invitation du 
gouverneur général, Sir George Prévost, M. Roux se décida à envoyer un 
des Messieurs de sa maison, pour retenir ces braves miliciens dans la ligne de 
leur devoir. Le choix du Supérieur tomba sur M. Lartigue qui n'eut pas 
plutôt paru au milieu de ses chers concitoyens que l'ordre fut à l'instant rétabli. 
Mgr. Plessis qui, avait hérité de son prédécesseur de l'estime et de la haute 
idée qu'il avait conçue de M. Lartigue, voulut que tout son Diocèse par- 
tageât avec Montréal les fruits abondans que produisaient,dans cette ville, ses 
vertus et ses prédications. Il le tira six fois de sa chère sollicitude de St. 
Sulpice pour le produire au grand jour, en l'associant aux travaux de son 
vénérable Coadjuteur, Mgr. B. C. Panet, pour les Visites Episcopales.Dieu 
qui le destinait au gouvernement spirituel du district de Montréal, disposa 
outea choses pour que ce zélé coopérateur des travaux de l'Episcopat fût 



princfpalementet presque exclusivement envoyé vers les paroisses de cette 
partie de la province qui forme aujourd'hui un diocèse séparé ; de manière 
qu'il eut constamment occasion de connaître les besoins du district dont il 
devait un jour être si spécialement chargé. On peut donc dire que, depuis 
1799 qu'il entra au secrétariat, il n'a pas discontinué, jusqu'à sa mort, de 
travailler pour le bien général du Diocèse de Montréal. 

L'on sait que l'année 1S19 fut l'époque où quelque» agens secrets enga- 
gèrent le gouvernement de la métropole à faire des tentatives pour dépouiller 
le Séminaire de Montréal de ses biens. Ceite maison députa aussitôt vers le 
ministère M. Lartigue, que ses connaissances légales et sa qualité de sujet 
britannique rendaient très-propre à faire triompher la justice de cette cause.il 
eut l'avantage de faire le voyage avec Mgr.Plessis et M. FI. Turgeon son secré- 
taire, aujourd'hui Evêque de Sidyme. Il s'acquitta de cette mission délicate 
avec tout le zèle qu'on devait attendre de son attachement à sa commu- 
nauté. Quoique fort des solides raisons que lui fournissaient les titres et la 
longue et paisible possession des biens contestés au Séminaire, il comprit qu'il 
devait,pour assurer le succès de sa cause,employer les ressources de la prudence 
humaine et recourir à l'immense influence que Mgr. Flessis venait d'acquérir, 
en rendant au gouvernement des services signalés pendant la guerre de 1812.H 
demanda et obtint de ce prélat,pendant la traversée,un mémoire conçu en des 
termes si énergiques,que sir J.C.Sherbrooke(à qui ce mémoire fut communiqué 
avant d'être présenté au lord Bathurst,alors ministre de sa majesté George III,) 
déclara qu'il le trouvait si concluant, qu'il craignait qu'il ne pût nuire aux autres 
affaires que S. G. allait traiter avec le gouvernement.il fut néanmoins présenté, 
parce qu'il était du devoir de l'Evêque de ne rien épargner pour soutenir les 
droits d'une communauté si chère à l'Eglise et si précieuse au Diocèse. 
L'envoyé du Séminaire n'hésitait pas à dire que,si les ministres avaient cessé 
alors de poursuivre cette affaire, il fallait l'attribuer principalement au crédit 
de l'Evêque de Québec. Lorsqu'en 182G, quelques mois après la mort de 
cet illustre prélat, les poursuites recommencèrent contre St. Sulpice de 
Montréal, M. Lartigue dit à quelqu'un qui lui était familier: en voit bien 
que Mgr. Plessis est mort. 

Pendant que M.Làrtigue s'occupait, à Londres, des affaires de sa maison, 
Mgr.Plessis pressait, à Rome, l'exécution du plan, qu'il avait formé, de faire 
diviser son diocèse en quatre districts épiscopaux dont le premier devait com- 
prendre le H. Canada, le second être formé du district de Montréal, le troi- 
sième du X. Brunswick &c. et le quatrième du territoire de la Baie d'Hudson. 
Dans cette même circonstance, ce prélat obtint du St. Siège, en faveur de- 
M. J. J. Lartigue, deux brefs apostoliques en date du 1 Février 1820, 
dont l'un le nommait à l'évêché de Telmesse en Lycie, et l'autre le prépo- 
sait au gouvernement spirituel du district de Montréal, en qualité de suffra- 
gant et auxiliaire de l'évêque de Québec. L'obéissance seule obligea ce 
vertueux prêtre à accepter la charge terrible que lui imposait le chef de l'Eglise. 

Muni de ces pouvoirs, et pleinement autorisé par la cour de Rome, Mgr. 
de Québec revint en Canada, où il arriva le 20 juillet 1820, accompagné de 



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M. Turgeon et du nouvel élu M. Lartiguè, qu'il présenta,' fous ce lîiï£ ; 
aux messieurs du séminaire de Montréal, comme une nouvelle preuve de la 
confiance et de l'estime qu'il avait toujours reposées dans les membres de cette 
maison. Néanmoins des raisons diverses firent que, cet arrangement présent 
tant quelques difficultés, le sacre de l'évéque de Telmesse fut différé jusqu'au 
21 Janvier de l'année suivante. A cette époque, Mgr. Plessis monta lui- 
même à Montréal et fit la consécration du nouveau sum-Fgant, dans l'église 
paroissiale de cette ville, au milieu d'un concours considéiaLle de fidèles qui 
s'applaudissaient de pouvoir conserver, au milieu d'eux, le pasteur bien connu, 
dont la providence venait de les gratifier. Le 20 février suivant, fut donné 
le mandement qui annonçait au clergé et aux fidèles du district, qu'ils eussent 
désormais à recourir à Mgr* J. J. Lartiguè, dans tous \m cas où ils recour- 
raient auparavant à l'évéque diocésain ; déplus, qu'ils lui rendissent tous les 
honneurs qu'on rendrait à l'Ordinaire lui-même, s'il était sur les lieux, On 
sait que cette mesure ne rencontra pas l'approbation générale ; cependant le 
mandement du 22 décembre 1322, tranquillisa un peu l'àgitaûôri, qui tou- 
tefois se fit encore un peu sentir jusqu'en 188-6, que l'érection de 
la ville et du district de Montréal en Evêché, réunit parfaitement tous 
les partis. S. E. lord Gosford, qui tenait alors le gouvernement-général de 
cette colonie, ne fit aucune difficulté de recevoir le serment de Mgr. Lar- 
tiguè, comme èyêque en titre, et de le reconnaître comme tel au ncm de son 
gouvernement. Cette mesure avait été non seulement agréée, mais même 
sollicitée par tout le clergé du district de Montréal, qui, en septembre 1835, 
en avait, fait la demande au St. Siège, par une requête générale, et 
déposée aux pieds de S. S. le pape Grégoire XVI, par le vénérable évê* 
que de Juliopolis, qui l'appuya de toute son influence. 

Nous avons touché à une époque bien critique de la vie de notre illustre 
évéque Fonder un siège épiscopal, opérer ce difficile ouvrage sur des plans 
qui n'étaient pas goûtés de tout le monde, avoir contre soi l'opinion civile, 
être gêné par le découragement, des faibles, manquer des ressources pécu- 
niaires indispensables pour une si grande œuvre, telles étaient quelques-unes 
des difficultés nombreuses et tout-à-fait graves, qui se présentaient tout d'abord 
contre la formation d'un évêché, et même contre la résidence d'un évêque à 
Montréal. Ce furent cependant ces obstacles divers que l'intrépide fondateur 
de l'établissement de St. Jacques, en cette ville, sut noblement surmonter. 
D'une part, justifier son droit par la force de ses écrits ; de l'autre, se procurer 
Passistarîca des personnes et des choses nécessaires à ^exécution prompte et 
complets de cette mission apo-tolique, tel fut le grand mérite de M. Lartiguè, 
sou-< le titre d'évêque de Telmesse. Cet ouvrage, il le commença en 1S21 et 
le termina en 1825. Pendant la construction de son palais et de son église, 
l'évéque de Telmesse résida chez les Religieuses de l'Hôtel-Dieu de Mont- 
réal, avec son secrétaire M. Ig. Bourget, îe fidèle confident de ses pensées, 
l'infatigable coopérateur de ses travaux et son digne successeur dans l'épis- 
co^at. 

Ce serait bien à tort que pour expliquer les difficultés et les dissidences qui 
se rencontrèrent sur cette carrière orageuse, on voudrait s'en prendre à l'am- 
bition ou aux vues particulières du personnage qui fut, si long-temps, l'objet 
d'une opposition locale ou étrangère, faite dans des intentions sjms doute plus ! 



louais qu utiles.Nonlen excusant l'homme,rendons plutôt justice aux \mi& 
fees pénibles que lui imposa le devoir de défendre ses droits,qu'il croyait ceux de 
la religion et de son pavs. D'ailleurs,ne sait-on pas que la même obéissance aux 
ordres du St. Siège, qui lui fit accepter la charge épiscopale, le força encore 
de la retenir, lors m' à deux fois il demandait si instamment sa démission; 
prêt à se sacrifier, comme le prophète Jonas dont il empruntait les paroles 
avec St. Grégoire de Naziauze, si propter me,.Sçc. Si c'est par rapport à 
moi que cette tempête s'est élevée Jetiez-moi à la mer. Mais quand la toisbe 
s'est refermée sur cet homme qui aima toujours si sincèrement ceux-memes 
qui l'opposèrent, nous ne devons avoir d'améres paroles pour personne- La 
mon est un grand conciliateur. t . 

Nous ne devons pas omettre ici un autre fait bien propre encore a faire 
connaître le courage invincible de l'héroïque évéque de Telmesse ; nous vou- 
lons parier de sa force admirable à supporter la terrible épreuve que lui me- 
naça la providence, en 1835, lorsque, par la mort inattendue de M. Ant. 
Tabeau.au moment même où le St. Siège le lui donnait pour coacjutcur, 
fous le titre d'évêque de Spiga, il sembla que tous ses plans dussent être 
abandonnés, puisque le ciel lui refusait ce puissant soutien. JSeanmoins le 
ciel ûechûse hâta bientôt de récompenser ce grand sacntice.en faeili!ant,ptus 
<}uc jamais,la création d'un évêché, à Montréaî,et la promotion d un nouveau 
coadiuleur dans la personne de l'évêque actuel. ^ 

Enfin, comme si aucun genre de mérite ne dut manquer a sa vertu, la 
tempête même de nos jours mauvais est venue l'assiéger à ses heures der- 
nières, et contrister son cœur. Mais cette fois encore il n'a pas failli sous 
l'épreuve ; et forage, au lieu de l'ébranler, ne servit qu'à l'affermir. C est ce 
dont la oostérité tiendra compte mieux que nous encore. Au surplus, rien 
ira été plus prompt que la rehabilitation, dans l'opinion publique, de cet 
homme que son £aYS a successivement applaudi,injurié et héni.Il fe ut apparem- 
ment qu'il v ait dans cette éternelle séparation qui nous attend tous,quelque cho- 
se à la fois de bien inviolable et de bien touchant,pour qu'à la vue du tombeau 
les passions se taisent, le cœur s'émeuve et chacun se hâte d être juste pour 
celui qui ne demandera et auquel on n'enviera plus rien. 

Homme de lutte et d'action, ce pontife fut donc véritablement \e mur d ai- 
rain, dont parle l'Ecriture, mis autour d'Israël$Wi défendre l'Eglise de Dieu. 
Prêtre intrépide, il aurait pu, fort, de sa conscience et sûr de son devoir, se 
poser seul, s'il l'eut fallu, en face d'un pouvoir quelconque et lutter contre 
lui, pendant de longues années, P our les droits de l'Eglise, le triomphe de la 
vérité, et cela avec la constance d'un martyr et la grandeur d'un apôtre. 

Maintenant si, des actes publics de la vie de Mgr. J. J. Lartigue, nous 
descendons au détail de sa conduite privée, nous trouverons encore acon- 
dante matière à la louange.D'abord,une tendre piété dans ses exercices spiri- 
tuels auxquels il fut, jusqu'à ses derniers momens, scrupuleusement attache ; 
son assiduité à rétude,comme à tous ses autres devoirs ; son obéissance au St. 
Siég;,qu'il regardait comme la source des lumières, et pour lequel il avait une 
vénération sans bornes ; sa modestie dans son ameublement et dans tout ce qui 
servait à son usaga ; sa bonté de cœur, qui n'a jamais été bien connu,que par 
ceux qui ont eu l'avantage de vivre avec lui, parccqu'slle fut cachée sous 
l'écurce d'un caractère vif, qui donna beaucoup d'exercice à sa vertu et que 



Dieu lui kiesa, sang doute, aomme un voile qui l'empêchât de voïi^ arec 
complaisance en lui, des qualités éminentes :' sa charité pour les pauvres, qu3 
lui fit sacrifier tout son patrimoine, tant qu'il fut au séminaire, et qui lui don- 
nait la force de surmonter tout respect humain, lorsqu'il fallait remplir une 
bonne œuvre : c'est ainsi qu'on le vit traverser la ville, portant lui-même la 
nourriture du pauvre, ou les vêtemens dont il allait couvrir les membres de 
J.-C, fournissant les ustensils de cuisine qui étaient nécessaires à ceux à qui 
il avait procuré des alimens, vendant secrètement les objets dont il pouvait 
disposer, afin d'avoir de quoi satisfaire ce penchant qu'il goûtait à faire du 
bien. 

Le même zèle qui l'a porté à se sanctifier, l'a embrasé d'ardeur pour la 
sanctification du prochain. Ce zèle a été éclairé, parce qu'il fut toujours 
dirigé par les règles de l'Eglise, dont ce savant théologien ne cessa jamais 
d'étudier la discipline et les lois \ ce zèle a été ardent, comme le prouvent 
les grandes œuvres qu'il lui a fait opérer ; efficace, comme l'atteste le succès* 
qu'a eu l'exercice de son ministère. M. Lartigue a été aussi un évéque 
attentif,qui ne cessa de veiller sur son troupeau pour le préserver du poison de 
l'erreur, discernant avec une précision admirable le vrai du faux, et sonnant 
le premier l'allarme, lorsque la vérité était en danger ; calculant aussi, dans 
toutes les mesures publiques, ce qu'il y avait d'avantageux ou de nuisible, pour 
l'encourager ou en détourner ; étant d'ailleurs lui-même le pasteur vigilant et 
intrépide qui s'exposait généreusement le premier, en toute occasion, à la fu- 
reur des ennemis de l'Eglise, chaque fois qu'il fut question de maintenir les 
règles saintes de la discipline ecclésiastique ou la doctrine de l'Evangile; 
s'épuisant enfin de travaux et de fatigue à faire les visites pastorales, malgré 
sa faible santé qui succomba enfin en 1837, où il faillit mourir, par deux fois., 
des suites de la pénible mission qu'il avait entreprise, malgré le dépérissement 
visible de ses forces. 

Rappelons encore son assiduité au confessional où affluait, sans cesse r un 
très-grand nombre de pénitens qui ne se retiraient jamais que la conscience 
«soulagée et le cœur contrit, comme l'attestaient souvent les larmes qu'on leur 
voyait répandre en abondance. Puis, quels fruits précieux de salut ne pro- 
duisaient pas ses énergiques prédications ! elles retentissent encore, toutes les 
chaires de ce diocèse, du bruit de sa majestueuse^ éloquence, qui nous a si 
souvent dédommagé de n'avoir pas entendu les Chrysostôme, les Basile, les 
Bourdaloue et les Masillon. En un mot, il a été un pasteur accom- 
pli, grand par ses éminentes qualités, utile, nécessaire par ses vastes 
connaissances, ses vues profondes et ses immortels travaux. Que Montréal 
donc se réjouisse d'avoir été son berceau, et que ce nouveau diocèse se 
glorifie de l'avoir eu pour fondateur ! il est la pierre angulaire de ce brillant 
édifice, qui ne s'élève aujourd'hui, avec tant de hardiesse, que parcequ'il re- 
pose sur ce solide fondement. 

Une vie, si pleine de bonnes œuvres, devait être couronnée par une fin 
digne d'elle. Le premier évêque de Montréal avait achevé glorieusement 
la forte tâche que le ciel lui avait imposée ; il avait soutenu ses combats, 
passé à travers les jours mauvais, sanctifié son âme dans la tribulation, puis 
fondé canoniquement et civilement un évêché ; même, par les bienfaits de 
se* amis et de «es pnrenta,il avait assez richement doté cette création nationale 



et religieuse; sa mission était donc remplie. Il ne lui restait plus qu'à re- 
cevoir le juste prix de ses travaux; il acheva- de s'en rendre digne par les 
souffrances de ses dernières heures. 

Déjà depuis quelques mois, son état habituel de langueur et de débilité 
avait pris un caractère très-prononcé qui annonçait une fin prochaine. 11 fal- 
lut donc le déterminer à laisser entièrement l'ouvrage, qui pour lui avait été 
si long-temps une jouissance et un besoin,plutôt qu'un travail ; bien plus, il fal- 
lut le décider à aller recevoir les soins des vertueuses hospitalières qui,non con- 
tentes de l'avoir si bien accueilli,lors de k sa sortie du Séminaire,voulaient encore 
lui rendre,à la fin,les précieux devoirs de leur intarissable charité. Mgr. Lar- 
tique fit alors courageusement son éternel adieu à tout ce qu'il avait possédé 
et fait à St. Jacques, pour la religion, et se laissa conduire à l'Hôtel-Dieu 
où les soins les plus empressés des religieuses et des prêtres de la ville, ne 
cessèrent de lui être prodigués jusqu'à son dernier moment. Convaincu qu'il 
allait bientôt quitter la terre, Monseigneur vit arriver le terme de ses jours avec 
le calme et la fortitude d'un apôtre. Il donna ses derniers et impérissables 
conseils, reçut les secours de la religion, le viatique des mourants, ce gage si 
doux de l'immortalité ; puis, ce vénérable pontife bénit ses assistans,les com- 
munautés religieuses, les prêtres de son diocèse, enfin son diocèse tout en- 
tier Ce furent Mgr. Bourget, son Coadjuteur, et M. le G. V. Quiblier, 
Sup. du Sém.,qui l'assistèrent dans cette triste et solennelle circonstance. De 
ce moment, le vénérable prélat ne tint plus à la terre. Le mal qui le minait 
avait purifié tousses membres ; déjà sa vue s'était éteinte, ses mains et ses 
pieds avaient perdu leur mouvement ; la faiblesse, qui l'épuisait, avait réduit 
tout son corps à une impuissance complète, il n'y avait plus que son esprit 
qui pût agir et son cœur qui palpitât. Le malade prolongea de la sorte sa dou- 
loureuse existence jusqu'à huit jours, et rendit enfin, dans un calme parfait, 
son dernier soupir le dimanche, 19 avril, jour de Pâques, à midi et un quart. 

Sa mort fut un jour de deuil pour le diocèse, et changea la joie de nos so- 
lennités pascales en accens de douleur. Les devoirs funèbres furent acquit- 
tés avecun'élan d'unanimité qui proclamait bien e haut le mérite du défunt. Il y 
eut chapelle ardente à l'Hôtel-Dieu, pendant les deux premiers jours ; le troisi- 
ème,on transporta le corps à l'église paroissiale où la tenture était magnifique et 
le catafalque des plus élégants. Le service fut chanté pontificalement,et M. 
Quiblier prononça éloquemment l'éloge de cet illustre pontife. Après les 
absoutes, le convoi funèbre se dirigea vers l'église cathédrale de St. Jacques, 
où devaient être déposés les restes du fondateur évêque. Le clergé était 
extraordinairement nombreux, la foule immense, et cette affluence inouie 
donnait à cette pompe lugubre l'air religieux d'un véritable triomphe. Le 
jeudi, eut lieu le troisième service solennel ; l'évêque successeur y officia et 
prononça une seconde oraison funèbre, avec un pathétique qui excita encore, 
bien vivement, l'émotion générale. 

Avec le cérémonial d'usage, la dépouille mortelle du vénérable pontife fut 
descendue dans la voûte qui se trouve immédiatement sous le sanctuaire, et 
placée dans un caveau particulier en brique, en face du maître-autel. Là 
repose le premier des évoques de Montréal, que l'histoire placera sans doute 
à un rang bien élevé, parmi les pontifes qui ont illustré la chaire épiscopale 
sur ce continent. 



ANNIVERSAIRE 

DE FEU 

MGR. J. J. LA HT ï GUE. 
Le 29 avril, une touchante célébration réunissait un grand concours dans l'égli- 
se cathédrale de St.Jactjues.Plus de 50 prêtres de toutes les parties du diocèse 
étaient venus prier sur la tombe d'un illustre pontife, dont les vertus avaient 
honoré le sacerdoce et signalé l'épiscopat. Un peuple nombreux, composé 
de diocésains de tous les rangs, s'associait à ce clergé et témoignait, par sa 
religieuse attitude, du profond souvenir qu'il garde à la mémoire de feu le vé- 
nérable évêque J.J.LARTiGUE,dont le digne successeur célébrait la commémo- 
ration. Toute la vaste cathédrale était tendue de noire, ses croisées étaient 
fermées et recouvertes. Il n'y avait de lumière qu'une clarté sombre 
que produisait, sous ces voûtes en deuil, le reflet de quelques centaines 
de flambeaux. On se rappelait alors, bien vivement, celui qui avait été, pen- 
dant 19 ans, le chef spirituel de ce district ; qui avait exercé, dans cette ville, 
un sacerdoce si efllcace,pendant 49 ans; qui avait traversé tant d'épreuves et 
montré une si prodigieuse activité, un zèle si infatigable dans l'exeicice d'un 
auguste ministère. 

Mais combien ces pensées se sont mieux pressées dans notre mémoire, et 
ont mieux attendri toute la sensibilité de notre âme, lorsqu'un pathétique 
orateur est venu nous retracer,complètemenî,la belle vie de l'immortel prélat, 
dont nous pleurions !a mort. Elle a été vraiment profonde, l'impression qu'a 
laissée dans notre cœur l'éloge que M.C. La Roque, curé de l'Acadie, pronon- 
ça,en cette solennelle circonstance,et que nous avons Se plaisir d'ajouter à cette 
notice,comme un supplément qui lui est nécessaire. Aussi est-ce pour complaire 
au désir de Mgr.l'évéque diocésain et de plusieurs de ses confrères,et pour ren- 
dre un hommage plus public à la mémoire de feu Mgr. l'évêque de Montréal, 
que l'auteur de ce discours en a permis l'impression. 
— =>i©l&:©l©ic=— 

OîlAlSON FUNÈBRE DE 

L'ILLUSTRISSIME ÉVÊQUE J. J. LARTIGUE &c. ftê. 

SUSCITABO MIHI SACEREOTEM FIDELEM, QUI JUXTA COR MEUM ET ANTMAM 
MEAM FACIET ; ET .ED1FICABO El DOMUM FIDELEM ; ET AMBULAB1T 

coram Christo mfo cunctis dîebus.(1. Rois. IL 35.) 

"Nul doute, mes chers frères, que tous ceux qui se trouvent aujourd'hui 
réunis dans cette enceinte sacrée, ne sçussent, avant de s'y rendre, le motif 
qui les y appelait. Si quelqu'un l'ignorait, pour l'apprendre, il ne lui a fallu 
qu'apercevoir, en y entrant, ces autels revêtus de deuil, ces murs tendus de 
vastes et sombres voiles, ces lumières qui brillent au milieu de cette obscurité 
factice et. ce concours nombreux de tant de personnes de tout rang, de tout 
âge, de tout sexe ; il ne lui a fallu qu'entendre ces chants plaintifs et lugubres 
et ces harmonies pleines d'élan et de douleur ; voir cette foule de lévites, ac- 
courus de toutes parts et groupés autour de ces trophées de la mort qui s'élè- 
vent dans ce sanctuaire, couronnés des insignes de l'épiscopat et au milieu 
d'eux le pontife du Seigneur, qui se dispose à offrir pour quelque frère défunt 
îa victime de propitiation. Cette pompe, cet appareil funèbre, cette tristesse 
peinte sur tous les visages, ce je ne sais eupi mélancolique et morne qui me 



il 

Semble empreint sur tout le matériel de cet édifice ; tout cela indique claire» 
inent qu'il y a quelque grande perte à déplorer, quelque personne chère à 
pleurer ; et l'on eut compris, sans autre avertissement, que la Religion avait 
appelé ses enfans à venir, encore une fois ensemble, donner des larmes à la 
mémoire du premier époux de cette église ; de celui auquel on peut appli- 
quer en toute vérité ces paroles, par lesquelles l'Esprit-Saint annonçait, des 
siècles à l'avance, le sacerdoce d'un pieux pontife de l'ancienne loi : Je me 
susciterai un Prêtre fidèle , qui agira selon m en cœur et selon mcn âme; et 
je lui bâtirai une maison fidùh et stable, et il marchera devant mon Christ, 
tous les jours de sa vie, c'est-à-dire, de l'illustrissime et révérendissime Mgr, 
J. J. Lartigue, premier évoque du Diocèse de Montréal. En effet, vous le 
savez, M. C. F., c'est sur le tombeau de cet illustre prélat qne nous venons 
aujourd'hui associer nos soupirs et nos prières, et si je parais en ce moment 
dans cette chaire, c'est pare.equ'il m'a été imposé de vous rappeler combien 
il fut digne de nos regrets par ses vertus et ses mérites : et combien de titres il 
eut à la reconnaissance de tout cœur sensible et chrétien, par les services si- 
gnalés qu'il a. rendus à la Religion. 11 s'agit donc de faire l'éloge de cet évê- 
que dont la primitive Eglise se fût glorifié à bon droit ; et je tremblerais de res- 
ter en arrière de mon sujet, si je n'étais persuadé que la plupart de mes audi- 
teurs «auront suppléer à mes défauts, et remplir les vides eue je pourrais 
laisser. 

"C'est à vous, Esprit de grâce et de sainteté.de me donner l'intelligence et 
les lumières nécessaires pour louer dignement vos dons, dans celui que les 
desseins de la divine providence avaient destiné pour enrichir d'une vigne 
nouvelle le champ du père de famille. Quelques unes des plus belles prges 
des livresque vous avez inspirés, sont consacrées à la louarge des pontifes 
vertueux de la loi des ombres et des figures. Je ne mérite point l'inspiration 5 
je ne vous demande que du sentiment et des paroles pour célébrer la mémoire 
et les grandes qualités d'un digne pontife de la loi de grâce et de vérité." 

"J'ai dit que l'on peut appliquer au prélat que nous regrettons, l'éloge qu'a 
fait l'Esprit-Saint du grand -prêtre Sadoe ; et je crois, M. C. F., qu'il suffira 
d'un coup-d'œil rapide sur la vie du vénérable défunt, pour nous convaincre 
qu'il fut,comme le pontife de l'ancienne loi, un homme suscité de Dieu 5 que, 
comme lui, il agit en toutes choses selon le cœur et ràmejdu Seigneur ; que. 
comme lui, il a vu s'élever,sous son nom, pour la gloire de Dieu, une maison 
fidèle et stable; que, comme lui enfin, il marcha tous les jours de sa vie 
devant le Christ. 

"Une observation faite dès les siècles les plus reculés,eest que,!orsque Dieu 
a destiné un homme pour l'accomplissement de quelque grande œuvre. presque 
toujours sa naissance a été accompagnée de quelque chose d'extraordinaire : 
c'est une révélation faite à la mère sur le fruit précieux qu'elle porte en son 
sein ; c'est une épouse long-temps frappée de stérilité qui conçoit ; c'est ure 
femme avancée en âge qui devient mère ; c'èft quelque signe du ciel, c'est 
un ange, un serviteur de Dieu qui promet un fils à un père, qui n'en espère 
plu*; c'est la piété de quelque femme vertueuse, qui obtienl, par un vœu, 
l'enfant qu'elle désire et qu'elle consacre d'avance au Seigneur ; et telle fut 
*a circonstance remarquable qui se joignit à la naissance du vénérable défont. 
Ses parena édifiaient la ville de Montréal par l'exercice de toutes les vertus 



12 

que l'on voit ordinairement briller dans ces époux chrétiens, dont le ciel a 
lui-même préparé l'alliance. La piété du père était en quelque sorte passée 
en proverbe ; tellement que l'on aimait à dire que, dans l'exercice de sa pro- 
fession de médecin, il faisait encore plus par ses prières que par son art et 
ses remèdes. La mère, issue d'une famille respectable qui a donné au pays 
plusieurs de ses hommes les plus distingués, était également assidue aux de- 
voirs de son état et à la pratique de toutes les œuvres de la Religion et de la 
chanté. Ainsi vivaient depuis plusieurs années, dans une parfaite union de 
cœur et d'âme, ces deux modèles de vertus, sans que leur mariage eût encore 
été béni. Madame Lartigue, inspirée, sans doute, par le eiel, accomplit 
un vœu, en demandant à Dieu de lui donner un fils. Sa prière est exaucée, 
et, le 20 juin 1777, elle donne le jour à l'enfant de bénédiction, accordé à 
son désir. Elle le reçoit comme un présent du Seigneur. Elle l'élève pour 
celui qui le lui a donné : elle fait passer en son âsae tous les sentimens de 
crainte et d'amour de Dieu dont la sienne est remplie. Son enfance se passe 
toute entière sous le toit paternel, ou au temple du Seigneur à la suite de sa 
mère. Les années, en se succédant, développent et laissent apercevoir les 
dons et les talens précieux dont il est doué. Rien n'est précoce comme sa 
conception ; rien n'est vif comme son imagination ; rien n'est plus exact que 
son jugement 5 rien n'est heureux comme sa mémoire ; et par-dessus tout, 
rien n'est prononcé comme son inclination pour la lecture, l'étude et la prière. 
Ses parens,attentifs à cultiver de si belles dispositions, lui donnent des maîtres, 
dès qu'il peut quitter les bras de sa mère. Aussi à peine est-il arrivé à l'âge 
où les autres commencent, qu'il a terminé, avec un brillant succès, son cours 
de classes et de philosophie. L'amour et l'étude des sciences ne lui ont 
point fait négliger la culture de son âme. Au sortir du collège, il est encore 
plus religieux qu'instruit, et il entre dans le monde, avec la perspective d'un 
riant et précieux avenir. Il se destine pour la robe ; et il fréquente l'office 
d'un avocat, pour y prendre des leçons de droit. Ses progrès sont sûrs et 
rapides ; et déjà même, il entrevoit la fin de son cours, lorsque la providence, 
qui nelui avait sans doute laissé connaître le monde que pour le prémunir contre 
ses séductions,se sert d'un événement fortuit et de bien peu d'importance en ef- 
fet, pour le rappeler à sa véritable destination. La grâce lui fait trouver dans un 
léger désagrément qu'il éprouve de la part des hommes,un motif de se donner à 
celui qui ne manque jamais de payer,au centuple,tout ce que l'on fait pour lui;et 
nouveau François de Sales,nouveauLiguori,commeeux il renonce au barreau, 
pour revêtir l'habit ecclésiastique, se dévouer au ministère des autels, et 
devenir par la suite l'évêque que nous avons connu. Là commence la car- 
rière d'utilité et de services importans qu'il doit fournir, pour le bonheur de 
l'Eglise du Canada, et là .sont accomplis tous les désirs de la pieuse mère, qui 
n'avait demandé un fils, que pour le consacrer au Seigneur. 

" Providence de mon Dieu, sois à jamais bénie d'avoir ainsi retiré du milieu 
du monde ce nouveau vase d'élection, que tu n'avais point fait pour être 
l'interprète d'une loi profane ; mais que tu créas uniquement pour expliquer,, 
faire aimer et respecter ta loi sainte ; et porter devant ton peuple la gloire de 
ton nom. 

c Lorsqu'il prit ainsi la détermination de se donner au Seigneur, Mr. Lar- 
Tïcue n'était encore âgé que de vingt ans 5 et ce fut le 23 septembre 1797, 



frae Mgr. Denaut qui venait alors de prendre possession du siège épiscopâl 
de Québec et qui,, ce jour-là même, faisait son entrée solennelle dans l'église 
paroissiale de cette ville (Montréal), l'admit au nombre des Clercs, en lui con- 
férant la tonsure et les ordres moindres, et le plaça avec joie dans le Sanctu- 
aire, comme une dépouille précieuse que la grâce enlevait au monde. Le 
jeune abbé était à peine entré dans son nouvel état, que déjà ses Supérieurs 
avaient jeté sur lui des yeux pleins d'espérance» En effet, il avança, si rapi- 
dement, dans la science et la vertu, qu'au bout d'une année, il fut jugé digne 
du sous-diaconat, auquel il fut promu le 30 septembre 1798 ; et Mgr. De- 
naut, qui se montra toujours si judicieux dans la distinction du vrai mérite et 
si habile à en tirer parti pour l'avantage de son diocèse, ne tarda point à se 
l'attacher comme secrétaire. Puis,après l'avoir ordonné diacre le 28 octobre 
1799, il alla, le 21 septembre de l'année suivante,lui conférer la prêtrise dans 
l'église paroissiale de saint Denis, dont le curé était alors le révérend Messire 
Cherrier, son oncle materne], et l'un des vicaires-généraux du diocèse. 

"Après son ordination, M. Lartigue retourna à ses fonctions de secrétaire, 
qu'il exerça toujours avec honneur et succès, et de manière à faire preuve 
qu'il méritait à juste titre la confiance que son évêque reposait en lui. Au 
milieu des occupations nombreuses de son emploi, il sut encore ménager du 
temps pour l'étude ; et ce fut là qu'il jeta les fondemens de cette science pro- 
fonde qui en a fait l'homme, sans contredit, le plus universellement instruit de 
ce pays : sciences littéraires,naturelles et philosophiques,histoire sacrée et pro- 
fane, jurisprudence civile et canonique ; il savait raisonner sur toutes ces ma- 
tières,et en traiter par écrit- ;et sa plume inspira toujours la terreur à celui qui 
l'avait provoqué, par l'attaque de quelque • principe d'ordre ou de droit public, 
de morale ou de religion ; et ses écrits, sans avoir jamais été revêtus de son 
nom, furent presque toujours reconnus par la vigueur du style, et la force du 
raisonnement. Mais ce qui le distinguait surtout, c'était la connaissance ap- 
profondie des Ecritures et de la théologie, des lois et des règles de l'Eglise ; au 
point que son opinion était partout respectée, et eri quelque sorte considérée 
comme un jugement duquel on ne devait point appeler ; au point qu'un 
prêtre éclairé, qui l'avait intimement connu et apprécié, le comparait/dans 
son admiration, aux Docteurs et aux Pères de l'Eglise. A défaut' d'autre preu- 
ve, n'aurait-on pas pu citer ici, à l'appui de cet éloge si fortement exprimé, ie 
discernement et la critique qui ont présidé à la composition de la précieuse 
bibliothèque dont il a enrichi son évêché ; et où il a rassemblé, sur tous les 
sujets et toutes les matières, tous les auteurs et tous les ouvrages de quelque 
mérite. On est étonné, lorsque l'on connaît sa vie apostolique, qu'il ait pu 
s'élever à ce haut degré de savoir dans un pays aussidépourvu de moyens que le 

nôtre, livré àlui-même, et sans le secours d'aucun maître Mais que dis- je? 

Il eut un maître, celui qui donne la science et l'intelligence : car pour devenir 
savant, il ne se contenta point d'étudier, il sut joindre à l'étude la prière et la. 
méditation ; et c'est devant son crucifix, aux pieds duquel il se prosternait 
toujours avant d'aller lire ou étudier, qu'il pratiquait le conseil du saint Roi 
prophète, qu'il faut s'approcher de Dieu si l'on veut.être éclairé ; acèedii 
cum et illuminamini. Dieu est la source de toute lumière : plus on s'en ap- 
proche et plus on en est pénétré. Notre Illustre défunt sentait toute lYtcn- 

C 



u 

due de celte vérité, et il s'efforçait d'en remplir ceux qui lui étaient soumis» 
Avec quel sentiment de piété et de foi il commentait, à ses Séminaristes, ces 
belles paroles du Sage : j'ai désiré l'intelligence et elle m'a été donnée : j'ai 
invoqué le Seigneur ; et l'esprit de sagesse est venu en moi. Optavi et 
didus est mihi sensus ; invocavi et venit in me spiritus. En un mot, il étudia, 
comme les Saints, pdur la gloire de Dieu et l'utilité de son église ; et c'est 
ainsi qu'il s'acquit et mérita la réputation d'homme profondément instruit j 
mais reprenons notre sujet, en continuant l'exposé historique de la vie du 
vénérable défunt. 

"La grâce secondant les desseins de la Providence, avançait et perfection- 
nait son œuvre, en donnant, au jeune prêtre, un goût particulier pour la vie 
retirée et Téloignement du monde ; et ces dispositions se trouvaient favorisées 
par l'esprit, l'ordre et la régularité, qu'il apportait à l'accomplissement de ses 
devoirs. Ses inclinations le portaient à entrer dans quelque communauté ; et 
c'était vers le Séminaire du St. Sulpice de cette ville que se tournaient ses 
vœux. Plusieurs fois même, il avait respectueusement exprimé à son évêque 
le désir qu'il éprouvait à ce sujet ; mais le prélat ne voulut jamais consentir 
à le laisser éloigner de lui, ni à se priver de ses services qu'il regardait comme 
nécessaires au bien de son diocèse. Et là, il est aisé d'apercevoir le dessein 
de la Providence, qui, en le retenant ainsi auprès de ce premier pasteur, dont 
l'administration fut si goûtée de tout son clergé,!lle préparait à porter lui-mê- 
me un jour, avec tant d'avantage, le fardeau del'épiscopat. Ce ne fut qu'en 
1806, à la mort de Mgr. Denaut, qu'il put enfin concevoir l'espérance de 
voir ses vœux bientôt exaucés. En vain lui offrit-on des situations distin- 
guées, de riches bénéfices, que l'on eut regardés comme une récompense due 
à son mérite ; la délicatesse de sa conscience et son amour pour la retraite, lui 
firent rejeter toutes ces offres, pareequ'il redoutait les dangers de l'adminis- 
tration des revenus ecclésiastiques et surtout les dangers du monde, qu'il re- 
gardait comme un séjour contagieux, même pour ceux qui ne le voient que 
pour le sanctifier; il demanda pour toute faveur, et il obtint la permission d'en- 
trer chez Messieurs les Sulpiciens, qui le reçurent à bras ouverts. Les hom- 
mes distingués savent, toujours se reconnaître : et le très Kév. Mr. Roux, 
dont la mémoire est encore en vénération parmi ceux qui eurent l'avantage 
de le connaître, sentit bien que son Séminaire faisait une acquisition précieuse 
en la personne de M. Lartigue. Aussi, eut-il toujours pour lui des égards 
et des attentions marquée* ; je dirais même, de l'amitié et du respect, paree- 
qu'il appréciait ses grandes qualités. Et ici, qu'il me soit permis de le re- 
marquer en passant ; si par la suite, il s'est élevé quelque nuage, qui ait sem- 
blé obscurcir ce tableau, je cror^que c'est un de ces évènemens, dont il faut 
attribuer la c:mse à des circonstances dont Dieu seul peut être juge ; et pour 
terminer tout de suite, un sujet qui pourrait réveiller quelques souvenirs peut- 
être un peu amers, et n'y plus retoucher aujourd'hui, disons la même chose à 
propos de certaines discussions de droit, qui s'élevèrent en un temps, et qui 
s 3 fussent bientôt terminées, si les intéressés n'eussent point eu quelques par- 
tisans un peu trop zélés, qui portèrent au dehors, la connaissance de ce que 
Ton pourrait appeler \m de ces différends de famille, qui doivent se régler en 
famille, sans l'intervention d'aucun étranger ; car c'était, de fait, une affaire 



15 

•rîe principes, où les personnes n'étaient pour rien ; puisque l'évoque fut tou- 
jours respecté, et que jamais sa vertu ne fut accusée, ni soupconnée,et que, 
de son coté, le prélat conserva toujours une charité extrême pour tous ceux 
qui crurent pouvoir lui faire de l'opposition. Et si je pouvais craindre que 
mes réflexions à ce sujet, ne fussent mal venues quelque part, pour iaire ces- 
ser l'impression désagréable, ce serait assez de remettre soûs les yeux le spec- 
tacle édifiant qui s'offrit à l'observation, lorsqu'en 1836, Mgr. Lartigue 
devint évéque en tître de Montréal. Il fut beau et consolant de voir l'autorité 
établie par le Saint-Siège, respectée et vénérée par tous, sans exception au- 
cune ; et de voir en même temps ce bon père recevoir, avec des larmes 
de joie et d'attendrissement, l'hommage que venaient lui rendre tousses en- 
fans. Quoi de plus édifiant, que tant d'obéissance et de soumission d'une part, 
et de Pautre,tant de charité et de générosité ! Je me servirai de cette heureuse 
circonstance, comme d'un voile qui semblerait avoir été préparé par la main 
de Dieu, pour couvrir une partie du tableau, qu'il me fau! continuer d'esquis- 
ser, avec une entière application à ne rien exposer, qui puisse heurter le regard 
de personne. 

" Mgr. Lartïgue est devenu Sulpicien ; et il semble qu'il est au comble 
de ses vœux. Il se trouve dans une maison qui, de tout temps, a édifié ce pays ; 
il s'y regarde comme dans un lieu de sanctification. Il est heureux de vivre sous 
une régie, à laquelle il obéit avec une scrupuleuse fidélité. Il travaille à sa per- 
fection, en s'oubliant lui-même pour rechercher et faire,en toutes choses, la vo- 
lonté de Dieu. Il n'interrompt la prière et l'étude, que pour satisfaire son zèle 
pour le salut des âmes ; car il n'est point seulement un homme d'oraison, il 
est aussi un homme vraiment apostolique, qui prêche avec force la parole de 
Dieu ; qui, après avoir touché et converti les pécheurs par l'onction de ses 
discours, les console au tribunal de la pénitence, en faisant couler les lar- 
mes de leur repentir. II ne se contente point de recevoir tous ceux: qui s'a- 
dressent à lui de toutes parts : il court encore après les brebis égarées ; il va 
attaquer le vice jusque dans ses retranchemens les plus forts. II ne craint 
rien, ni les insultes, ni les mauvais traitemens • il s'agit de la gloire de Dieu 
et du salut de ses frères, rien ne lui coûte ; et son cœur éprouve un conten- 
tement inexprimable, lorsqu'il a réussi à arracher du bourbier du péché et de 
î'infamie, quelque pauvre malheureux, qui y aurait peut-être croupi toute sa 
vie, sans les eiforts de sa charité. II joint à ce zèle une tendre compassion 
pour les pauvres, qu'il regarde comme les membres de J.-C; et auxquels il ne 
rougit point déporter lui-même, à travers les rues de Montréal, les vêtemens 
dont ils ont besoin pour couvrir leur nudité, le pain qu'ils n'osent aller de- 
mander, et jusqu'aux ustensiles de cuisine nécessaires à ceux qu'il a pourvus 
des alimens, qui doivent appaiser les cris de leur faim. Il n'épargne rien, 
pour se livrer à l'inclination qui le porte à voler au secours de l'indigence ; il 
sacrifie pour cette fin tous les revenus de son patrimoine ; et,lorsque toutes ses 
ressources sont épuisées, sa charité ingénieuse lui suggère un moyen peu con- 
nu de faire le bien ; il vend secrètement les objets dont il peut disposer, ou il 
mendie lui-même pour soulager l'infortune. Il ne suspend l'exercice de tant de 
vertus pratiquées dans la ville,à la grande édification de tous ceux qui en foi., 
témoins, que pour aller quelquefois, par obéissance, porter l'instruction et la 



16 

parole de Dieu dans les campagnes, soit par quelque mission particulière, soit 
à la suite de l'évêque, dans le cours de ses visites pastorales. Sa prédication 
produit toujours des fruits abondans ; et sa réputation de confesseur charitable 
et éclairé attire autour de lui une foule de pécheurs, qui s'estiment malheureux 
s'ils n'ont point l'avantage de lui faire leur confession ; ils ont entendu dire à 
ceux qui se cont adressés à lui,qu'il est si doux et si consolant de lui avoir fait 
l'aveu de ses peines et de ses misères ! ! 

"Telle était la vie sanctifiée et remplie, que M.Lartigue menait depuis 13 
ans dans le séminaire, lorsqu'en 1819, il fut choisi pour aller soutenir, en 
Angleterre, les droits de cette maison, menacée d'être dépouillée de ses biens. 
M. Lartigue s'embarqua pour l'Europe, en la compagnie de l'illustrissime 
J. 0. Plessis, de si précieuse mémoire, qui se rendait à Rome, pour visiter 
le tombeau des Saints Apôtres, et se prosterner aux pieds du Vicaire de J.-C. 
Ce choix fut, sans doute,un nouveau trait de cette Providence,qui avait destiné 
M. Lartigue à de si grandes choses ; car la piété et le savoir dont il parut 
rempli et qu'il manifesta, durant la traversée, fixèrent l'attention du prélat, et 
lui firent jeter les yeux sur lui,pour en faire l'évêque de Montréal ; si le plan 
de division de son diocèse, qu'il allait proposer à Londres et à Rome, était 
approuvé. 

"Sa mission en Angleterre accomplie, M.Lartigue se rendit à Paris, pour 
y passer quelque temps au séminaire de St. Sulpice de cette ville, et s'en re- 
venir ensuite au Canada. Cependant Mgr. Plessis cheminait vers la capitale 
du monde chrétien, bien déterminé à demander à la cour' de Rome, l'éta- 
blissement d'un évêque à Montréal ; lequel serait ou un titulaire en cette- 
ville, ou un suffragant, qui partagerait avec lui le fardeau et les fonctions de 
l'épiscopat ; et M. Lartigue était le sujet qu'il avait résolu de présenter 
pour cette fin. 

"Le Saint Siège ayant approuvé les plans de divisions du diocèse que nous 
connaissons tous ; le Souverain Pontife Pie VII, par une bulle datée du 1er* 
février 1820, nomma ce très-digne prêtre, évêque de Telmesse, en Lycie, 
suffragant et auxiliaire de l'évêque de Québec, pour le district de Montréal ; 
et malgré sa réclamation et son appel, le 21 janvier 1821, il fut consacré 
sous ce titre, dans l'église paroissiale de Montréal, par Mgr. Plessis. C'était 
un grand nom qui s'en associait un autre; et le 21 janvier prenait ainsi place 
parmi les époques, qui appartiennent à l'histoire de la Religion en ce pays. 
En ce jour, à jamais mémorable, l'illustrissime et révérendissime Jean Jac- 
ques Lartigue, en se chargeant de l'administration du district de Montréal, 
posait les bases d'un siège épiscopal en cette ville, qui en a tiré depuis, et en 
tire journellement de si précieux avantages. La résidence d'un évêque à 
Montréal était une nécessité peu sentie alors, mais aujourd'hui, bien évidem- 
ment reconnue. Il suffit d'être catholique et d'avoir observé tant soit peu les 
divers événement qui ont eu lieu depuis cette époque, pour en être convain- 
cu. Si l'on en avait encore douté, la lecture de la dernière pastorale de notre 
vigilant prélat, n'eût-elle pas été pleinement suffisante, pour opérer une en- 
tière conviction. Les attaques de l'ennemi qui redoublent, les projets infer- 
naux qu'il signale, les dangers qui nous menacent de toutes parts, et qui ont si 



17 

\ 
vivement allarmê sa sollicitude, qu'il croirait manquer à son devoir s'il n'al- 
lait déposer ses inquiétudes dans le sein du père commun de tous les fidèles ; 
faudrait-il quelque chose de plus, pour nous forcer d'avouer que ce fut 
une disposition bienveillante de la divine Providence, qui donna au district 
de Montréal un premier pasteur, sans lequel et le clergé et les fidèles de ce 
diocèse se trouveraient maintenant dans une si pénible situation, faute d'un 
chef résidant au milieu d'eux pour les guider et les conduire, et les protéger 
contre la fureur des ennemis de la foi ? 

"Ce n'était point assez pour la bonté de Dieu, qui fut toujours si grande 
envers nous, de nous avoir donné un Pasteur ; il voulut encore établir en cette 
qualité, un homme selon son cœur, un de ces pasteurs, tel qu'il les accorde 
' aux peuples, lorsqu'il veut les traiter dans sa miséricorde. Quelques réflexions 
sur la carrière vraiment apostolique de Mgr. Lartigue, nous feront 
voir,qu'elle fut embellie de toutes les vertus, qui ont fait les grands évêques. 

"Ce prélat, qui s'était d'abord refusé au fardeau de la charge pastorale, 
ayant reconnu qu'il désobéirait au ciel, s'il persistait dans son refus, ne se vit 
pas plutôt revêtu de cette éminente dignité, qu'il songea à en remplir les de- 
voirs, avec toute la fidélité dont il pourrait être capable. Il s'y était préparé 
par une longue retraite et de ferventes prières ; ce qui lui avait mérité de 
participer aux grâces abondantes, qu'autrefois l'esprit saint était venu apporter 
aux apôtres, aprèsleur retraite dans Jérusalem, et avant leur dispersion par- 
mi les peuples qu'ils devaient évangéliser. Ainsi muni de la force de Dieu,le 
nouvel évêque entra dans l'exercice de ses fonctions avec un zèle et une 
ferveur qui ne se sont jamais ralentis. L'œuvre de sa propre sanctification 
déjà si avancée, le salut du troupeau confié à ses soins, le service et la gloire 
de l'Eglise, devinrent l'unique objet de toutes ses pensées. Les nombreuses 
occupations dont il fut bientôt surchargé, ne lui firent rien changer à la régu- 
larité de sa vie de séminariste ; même application à la prière et à la médita- 
tion ; même exactitude à tous ses exercices spirituels et à toutes ses prati- 
ques de piété ; seulement, plus de crainte de manquer de fidélité à la grâce, 
parcequ'il redoutait le jugement de Dieu, qui doit être si rigoureux pour tous 
ceux qui sont élevés en dignité ; judicium durissimum his qui prœsunt, jiet ; 
parcequ'il savait qu'un évêque, à l'exemple de J.-C, dont il est le Vicaire et 
le représentant sur la terre, doit être saint lui-même, sMl veut sanctifier les 
autres : et pro eis ego sanctifico me ipsum ; Ut sint et ipsi sanctificati inveri- 
iafe.(Joan. XVII. 19.) 

"Cette ardeur à se sanctifier lui-même, l'embrasait du plus vif désir de tra- 
vailler à sanctifier les brebis, dont il était devenu le gardien ; de là cette suite 
non interrompue de travaux apostoliques ; ce zèle à prêcher la parole de 
Dieu ! vœ mihi, si non évangelisatero, disait-il avec l'apôtre, lorsque pour 
l'en empêcher, on lui représentait le dépérissement de ses forces ! Et en effet, 
n'eût-il pas mérité la malédiction de Dieu, s'il se fût dispensé de distribuer à 
ses ouailles le pain de la divine parole ? lui qui remplissait cette auguste 
fonction avec tant de noblesse et de dignité, avec tant d'onction et de force, 
qu'après avoir assisté à ses éloquentes prédications, on se consolait de n'a- 
voir point entendu les Basile ni les Chrysostôme,les Bourdaloue ni les Massil- 



1S 

Ion ! Delà, cette assiduité au plus pénible de tous les ministères, celui du tri- 
bunal de la pénitence, où il attendait du matin au soir les pauvres pécheurs, 
qui venaient en foule se jeter à ses pieds et implorer sa compassion ; ils n'a- 
vaient pu résister à l'invitation pressante, qu'il venait de leur adresser avec 
l'accent pénétré de la charité et de l'humilité ; "0 vous tous, pécheurs qui 
que vous soyez! leur avait-il dit; entendez la voix d'un pécheur comme 
vous, et peut-être mille fois plus pécheur que vous, quorum primus ego sum, 
qui vous crie du haut de cette chaire de vérité : Loin de vous défier des mi- 
séricordes de notre Dieu, approchez-vous de lui avec confiance ! car nous 
pouvons vous l'assurer, nous n'avons jamais goûté de plus grand bonheur, 
que lorsque nous nous sommes réconcilié avec ce tendre père! Non! Non! ïl ne 
faut jamais cesser d'espérer en sa bonté !" Delà cet empressement à parcou- 
rir toutes les parties de son vaste district, afin d'y répandre partout les faveurs 
spirituelles attachées à son haut et saint ministère : périr ansiit benefaciendo eî 
sanando omnes. Delà cette scrupuleuse attention à n'omettre jamais de visiter 
exactement toutes les églises de sa dépendance, pour y porter les grâces 
de la confirmation, et établir en tout lieu, par de sages ordonnances, l'ordre 
et la discipline ; iu stantia mea quotidiana, solliciiudo omnium ecclesiarum. 
Delà enfin, pour m'arréter quelque part, cette vigilante attention, qui lui fit 
sonner l'alarme, lorsqu'il vit de faux pasteurs, cherchant à s'introduire comme 
des loups ravissans, pour semer,parmi son troupeau,le poison de l'erreur. 

"Ce zèle si ardent ne se borna point aux paroisses régulièrement établies : 
la population catholique dispersée dans des lieux trop éloignés pour pouvoir 
profiter des bienfaits et des secours de la Religion, excitait vivement sa solli- 
citude. C'est en faveur de cette population qu'il institua ces missions régu- 
lières, qui ont produit tant de bien dans tous les townships du diocèse. 
Comme le bon pasteur, il n'oublia pas non plus, qu'il avait encore d'autres 
brebis ; lesquelles, sans être enfermées dans son bercail, n'en appartenaient 
pas moins à son troupeau : et alias oves habeo, quœ non sunt ex hoc ovili ; et 
illas oportet me adducere(S oan :X-16).Delà cette ardeur à s'occuper de la con- 
version des infidèles,qui habitent les extrémités septentrionales de ce district, 
et. auxquels il envoya par de pieux missionnaires la bonne nouvelle du salut. 
Ce fut principalement pour parvenir à cette fin, qu'il fit un appel si plein d'é- 
loquence à la charité de ses diocésains, en les exhortant à s'inscrire sur le ca- 
talogue des associés à l'œuvre éminemment catholique de la Propagation de 
la Foi. 

"Son zèle parut aussi avec éclat dans le maintien des droits,des règles et de 
la discipline de l'Eglise.qu'il défendit, en toute occasion, avec une fermeté et 
une intrépidité inébranlables. Il s'étendit encore plus loin, en embrassant le 
soin de l'éducation, dont le vénérable Prélat fut l'ami sincère, comme le 
prouvent les écoles gratuites, qu'il a toujours soutenues, malgré la modicité 
de ses revenus, soit dans son palais épiscopal même, soit dans cet autre édi- 
fice, élevé uniquement pour cette fin ; comme le prouvent encore les exhor- 
tations pressantes, adressées aux fabriciens de toutes les églises de son dio- 
cèse,pour les engager à entretenir, dans chaque paroisse, au moins une bonne 
école élémentaire. Une autre preuve, c'est la satisfaction qu'il goûtait à de- 



13 

venir témoin des progrès de la jeunesse dans nos diverses institutions publi- 
ques ! Comme il aimait à applaudir au succès, et à le couronner lui-même 
de sa main ! 

"Enfin, qui pourrait citer quelque occasion de faire le bien, qu'il n'ait point 
saisie l quelque bonne œuvre pratiquable, qu'il ait omise ? quelque devoir 
envers Dieu, ouïe prochain, qu'il n'ait point accompli ? quelque intérêt de la 
Eeligion, qu'il ait négligé ? Siège épiscopal de Ville-Marie, ton souvenir est 
grand pour toujours dans les fastes de l'Eglise,parce que celui qui t'a fondé, a 
rendu son nom immortel ! Jusqu'ici, il me semble n'avoir rapporté que l'his- 
toire de l'illustre défunt ; mais tel est le bonheur de tous ceux qui ont à louer les 
hommes extraordinaires, qu'il leur est inutile d'implorer le secours de l'art, 
pour devenir panégyristes ; il leur suffit d'exposer ingénument la vie et les 
actions de leur héros, pour en faire un éloge magnifique ; et, sous ce rapport, 
je croirais avoir rempli ma tâche, si je ne craignais de manquer de justice en- 
vers celui que je suis chargé de préconiser ; car je n'ai encore rien dit de ses 
vertus privées, de cette dévotion affectueuse envers Marie ; de cette foi vive 
qui dirigeait toutes ses actions ; de cette piété angélique, avec laquelle, il 
célébrait les saints mystères ; de cette délicatesse de conscience, qui le portait 
à se confesser presque tous les jours ; de cette charité sans bornes pour le pro- 
chain, sur le compte duquel il ne se permit jamais la moindre réflexion désa- 
vantageuse, ou désagréable ; de ce beau sentiment de la véritable crainte de 
Dieu, si rare de nos jours, et si profond chez lui ; de son humilité, qui le porta 
à choisir la vie cachée d'un Séminaire, qu'il s'efforça ensuite de retracer en 
sa maison ; à refuser l'épiscopat,tant qu'il n'y fut pas contraint par les ordres du 
Saint-Siège, dont il considérait la décision comme venue du Ciel ; à deman- 
der itérativement sa démission, qui lui fut toujours refusée, parce qu'à Home 
l'on appréciait son mérite ; en vain, dans un temps où il vit la tempête s'éle- 
ver à son sujet dans l'Eglise, employa-t-il avec St. Grégoire de Nazianze le 
langage de Jonas ; *SÏ propter me commota est ista tempestas, déjicite me in 
mare, ut vos jactari desinatis. — Si â est par rapport à moi que cette tempête 
s'est élevée, jetez-moi à la mer. 

"Que dirai-je de sa modestie dans son ameublement et dans tout ce qui 
était destiné à son usage personnel, de sa frugalité et de sa tempérance ex- 
trêmes, de son désintéressement, qui lui fit donner à Dieu tout ce qu'il pos- 
séda jamais, de sa grandeur d'âme, de son abandon à la providence, dans les 
traverses et les épreuves qu'il eut à soutenir pour former les établissemens, 
dont il a doté son diocèse 1 Personne, sans doute, n'a oublié le courage hé- 
roïque qu'il fit paraître, lorsqu'en 1835 la main de Dieu vint défaire tous les 
plans qu'il avait arrêtés, et qui avaient été ratifiés par la Cour de Rome, 
pour perpétuer l'épiscopat dans le district, qui n'était point encore alors éri- 
gé en diocèse. Un ancien ami, un prêtre d'un mérite reconnu ; qui avait lout 
sacrifié pour s'attacher à sa personne et l'aider de ses services, qui, depuis 
quatre ans,vivait avec lui dans l'intimité, avait été nommé, par un bref apos- 
tolique, qu'il avait déjà en sa possession, évêque de Spiga et auxiliaire du 
vénérable défunt, dans l'administration de son district épiscopal. Dans ces 
la mort vient frapper le très-digne et très-révérend Messire 



Antoine Tabeau, l'époque ainsi nommé de Spiga, et l'enlever à celui qui al- 
lait s'appuyer sur lui pour se reposer. C'était un coup foudroyant, qui dé- 
tryisait, en un instant, l'ouvrage de plusieurs années. Cependant les lèvres 
ne laissent échapper aucun murmure ; l'âme ne donne aucune marque de 
<.èë courage ment: Dnus dédit, Dnus abstulit, ita factura est. SU nomem 
JDni benedictum ; dit-il alors avec Job, en se soumettant à la volonté de Dieu. 

"Sa résignation, ainsi que celle du saint hommeme tarda pas à être récom- 
pensée. La Providence^le Dieu,qui avait agi là dans ses voies impénétrables, 
sut tourner à bien ce malheureux événement, en donnant plus qu'elle n'avait 
oté. Au milieu de ses travaux apostoliques, le vénérable prélat que nous 
regrettons, avait nourri une pensée favorite, celle d'obtenir un évêché en 
titre à Montréal. Il avait tout calculé, tout disposé pour cet ordre de choses ; 
il avait bâti une église qui servirait de cathédrale ; il avait érigé un palais 
épiscopal : il avait jeté les fondemens d'un séminaire : tant il avait foi en la 
volonté de Dieu sous ce rapport ! Il y croyait sa gloire et sa religion inté- 
ressées ; et dès lors il ne pouvait s'empêcher de travailler au succès de cette 
mesure, sans se mettre en peine du soupçon injurieux formé contre lui, de 
songer à lui-même dans cette grande entreprise, sa conscience lui faisant trou- 
ver la preuve du contraire,dans la supplique plusieurs fois présentée au Saint- 
Siège pour être déchargé des fonctions épiscopales. Bien des tentatives, à 
ce sujet, avaient échoué auprès du gouvernement. Mais enfin, le temps de 
l'épreuve était passé ; le moment marqué par les desseins de Dieu était ar- 
rivé ; et en 1836, la cour de Rome érigeait le district de Montréal en diocèse ; 
Mgr. l'évêque de Telmesse était transféré et devenait titulaire de ce nouveau' 
siège ; la cour de Londres donnait son assentiment à toutes ces mesures : et 
le 8 septembre de la même année, le premier évêque de Montréal était in- 
tronisé, dans une pompeuse et solennelle prise de possession. C'était un 
coup de la Providence et une grâce inespérée ! Pour que tous ses vœux fus- 
sent accomplis, il ne manquait plus à l'illustre prélat, que de voir la succes- 
sion au trône pontificale, assurée à un co-adjuteur, qui fut accordé à sa de- 
mande, par le Souverain Pontife qui occupe encore aujourd'hui la Chaire de 
St. Pierre ; et le 25 juillet de l'année 1837, nous l'avons vu plein de joie et 
de bonheur, donner la consécration épiscopale à sa Grandeur Mgr.notre évê- 
que actuel. Le dernier de ses désirs était satisfait ; et il ne songeait plus 
qu'à remercier Dieu, d'avoir daigné se servir de lui pour opérer de si grandes 
choses. Pour exprimer sa reconnaissance, il aimait à répéter les paroles du 
saint vieillard Siméon : Nunc dimittis, .... servum tuum inpace ; quia vide- 
runt oculi met salutare tuum; Maintenant, Seigneur, vous laissez mourir en 
paix votre serviteur ; parce que mes yeux ont été témoins des assurances et 
des moyens de salut, que vous avez donnés à votre peuple. 

"Dès ce moment, sa principale, pour ne pas dire, son unique occupation, 
fut de se préparer à la mort,dont la pensée avait fait le sujet de ses réflexions, 
durant tout le cours de sa vie ; il avait une si grande frayeur des jugemens de 
Dieu ! ! Il mit un ordre parfait dans ses affaires temporelles, en réglant sa 
succession avec un esprit ecclésiastique au-dessus de tout éloge : son église 
fut son unique héritière ! Cependant tout lui présageait une fin prochaine ; 



$1 

et Dieu semblait prendre plaisir à préparer la victime pour le sacrifice, par 
des maladies, des infirmités, des indispotions plus fréquentes et plus sérieuses 
Puis, après l'avoir laissé respirer quelque temps, la mort, qui l'avait menacé, 
vient lui livrer encore de nouveaux assauts. Enfin, un dernier coup est frap- 
pé, plus violent que tous les autres ! on s'empresse ^ d'appeler le secours de 
l'art, et surtout le secours du ciel, pour prolonger des jours si précieux ! Mais 
vainement ! car le ciel est décidé à réclamer ce qui lui appartient ; et le tré- 
pas, pour servir ses intentions, s'empare successivement de tous les organes 
de cette intelligence, qui avait fait, sur la terre, un si utile séjour ! Mgr. se 
meurt! — Il èimà sa main défaillante pdur donner atout son troupeau une 
dernière bénédiction; — et il est mort, — avec ce calme et cette résignation, 
dans ces sëntimens de foi et de piété, qui avaient marqué tous les jours de sa 
vie. Inutile de dire ici les soupirs et les gémissemens, qui environnent son 
lit de mort ! Il y a là un fils reconnaissant, dont il s'est fait un frère et un 
successeur dans l'épiscopat ! Il y a aussi d'autres enfans non moins cher* à 
son cœur, je le crois ! ....Eûssent-ils pu comprimer leurs larmes et leurs san- 
glots'? ....La Religion et la Patrie sont en deuil : celui qui les illustra toutes 
deux n'est plus ! î Le 19 d'avril est le jour où cette belle lumière s'est éteinte. 
Bientôt cette triste nouvelle est répandue partout ; et partout, on prodigue à 
la mémoire de l'illustre défunt, les regrets et les louanges. Il n'y a plus de 
passions qui auront à se heurter contre lui ; il n'y a plus qu'une seule voix 
pour le louer ! Et c'est ainsi qu'après sa mort, on lui rend la justice, qu'on 
lui refusa quelquefois pendant sa vie. Car je le sais ; il s'est parfois élevé des 
murmures contre quelques actes, et surtout contre le caractère de ce grand 
prélat; et je n'entreprends point ici de donner l'infaillibilité à ses actions,non 
plus que l'impeccabilité à son caractère ; il était homme ; il devait par con- 
séquent avoir quelques imperfections. En admettant qu'il aurait commis 
quelques fautes dans son administration, je défie qui que ce soit d'oser cons- 
ciencieusement avancer qu'il y avait chez lui mauvaise volonté ou mauvaise 
intention ; la droiture, la franchise dont il était rempli, feraient un crime de 
le soupçonner. Son caractère était vif, quelquefois un peu rude et tranchant 5 
mais ces défauts apparents, ne devaient-ils pas être considérés comme des 
dispositions en quelque sorte nécessaires, pour remplir la mission difficile do 
fonder un diocèse, d'y établir ou relever une discipline 1 Et pouvait-il con- 
sommer cette grande œuvre, sans avoir à surmonter des difficultés, des obs- 
tacles, où un peu de vivacité, un peu de rudesse même, et surtout un peu de 
décision pouvaient seules le conduire à son but 1 Tous les hommes et toutes 
les circonstances ne sont point les mêmes. Quelquefois ce caractère vifl'a 
porté un peu trop loin. . . . Mais il faut interroger ceux qui l'ont connu dans 
l'intimité, pour apprendre quel exercice il en a coûté à sa vertu pour le vain- 
cre ! Et ne pourrait-on pas dire de lui, comme on l'a remarqué d'un St. 
Jérôme et d'un St. Grégoire VII, que Dieu lui laissa ces imperfections 
de caractère, comme un antidote à la complaisance, à l'orgueuil même 
qu'il eût pu éprouver, à la vue du bien immense qu'il avait fait... D'ail- 
leurs sous l'écorce un peu raboteuse du caractère, n'y avait-il pas caché un 
cœur tendre et compatissant ? D'où lui venait cette onclioiijlorsqu'ii exhortait, 

D 



ea ofyaire ou au uibunal de la pénitence t D'où lui venaient ces larmes 
qu'il versait, avec ceux qui pleuraient devant lui ? D'où lui venait encore 
ce sentiment de la piété filiale, qui le portait à offrir, jusques dans ses dernières 
années, le sacrifice d'expiation pour le repos de ses père et mère ? Si ce n'est 
d'un fond de bonté et de tendresse de cœur peu connu, pareequ'il ne s'est ja- 
mais beaucoup répandu. Enfin, je l'admets avec ses défauts; mais, malgré 
tout le respect dont je suis rempli pour mon auditoire, où j'aperçois tant de 
mérites et de vertus, (dans la supposition qu'il y eût eu possibilité,) j'ose de- 
mander s'il est ici quelqu'un qui eût refusé d'accepter les quelques imperfec- 
tions de Mgr. J. J. Lartigue, avec l'ensemble de toutes ses belles et gran- 
des qualités ? son esprit, son savoir, sa piété, sa dévotion, toutes ses vertus 
privées, publiques et apostoliques. On me passera de le dire j pour ma part, 
mon parti eut été bientôt adopté. 

" Pour louer dignement tant de vertus, possédées dans un si éminent 
degré, il eût fallu l'éloquence d'un Bossuet, ou d'un Fléchier ; mais ce que 
j'ai dit, suffit sans doute pour persuader que je n'ai point faussement appli- 
qué à l'évoque de Montréal les paroles que j'ai mises en tête de ce discours ; 
car,en me résumant, j'en apporte pour preuves sa naissance extraordinaire, les 
voies par lesquelles il fut conduit à l'épiscopat, le zèle qu'il a déployé pour 
les intérêts de l'Eglise et le salut du prochain, l'établissement d'un diocèse, 
d'un palais épiscopal, d'un séminaire, d'une église cathédrale, de son vivant 
<3t en son nom. 

" Oui, grand Dieu ! vous l'avez suscité pour la gloire de votre nom et lo 
bonhenr de votre Eglise, ce pasteur fidèle qui a agi,en toutes choses,selon votre 
cœur ; qui a modelé toute sa vie sur celle de votre Christ ; et dont vous avez 
voulu vous-même éterniser le souvenir, en érigeant, par les seules richesses de 
votre providence, des monumens qui doivent perpétuer sa mémoire, et sur 
lesquels il serait à souhaiter que l'on vît gravé, en caractères ineffaçables: 

DlGITUS DE! EST KIC, LE DOIGT DE DlEU EST ICI. 

" Non ! non \ chers et vénérables confrères, il ne serait plus temps de le 
méconnaître ; l'Eglise de Montréal n'a pas été moins privilégiée que la plu- 
part des vieilles Eglises de la chrétienté, qui ont eu pour fondateurs des saints 
et des hommes d'un caractère extraordinaire. Celui que nous regrettons tous 
aujourd'hui, fut comme eux l'homme de Dieu, l'homme marqué au coin de 
sa Providence. Glorifions-nous donc d'avoir eu le bonhecr de travailler sous 
ce vertueux pontife à la vigne du Seigneur, et d'avoir même, plusieurs d'entre 
nous, reçu de ses mains l'onction sacerdotale. 

" Et toi, peuple chrétien, bénis le Dieu des miséricordes, qui, dans ces jours 
où l'enfer semble conjuré, pour te ravir la foi de tes pères, qui te reste seule 
comme leur plus précieux héritage, t'a donné un gardien fidèle, qui, non 
content de veiller soigneusement à ton salut durant sa vie, t'a encore dans sa 
prévoyance et sa sollicitude, préparé les moyens de défense nécessaires pour 
résister à ses attaques. Publie à jamais la mémoire de ce zélé et charitable 
pasteur ! 

"Et vous, pieux prélat, qui-par la sagesse de votre administration com- 
mandez le respect et l'affection du clergé et des fidèles de votre diocèse, 



23 

souffrez que j'enlève quelque chose à votre mérite, pour en faire hommage * 
celui qui se plut à vous désigner sous le doux nom d'un autre lui-même. 
Si l'on est forcé de reconnaître en vous le nouveau suscité de Dieu, c'est sans 
doute parceque vous êtes toujours docile à la voix du mentor qui vous a for- 
mé ; et que, par une heureuse pensée,vous avez su placer ( 1) élevé sur son 
tombeau, comme sur un lit de parade, d'où vous aimez encore à l'interroger 
. dans vos doutes et vos perplexités,. Chaque fois, que pour apaiser votre juste 
douleur, vous êtes venu vous pencher, pleurer et prier sur sa tombe, ne 
veniez-vous pas, en même temps, lui demander, comme le fidèle disciple du 
prophète, de faire passer en vous son double esprit,afin de gouverner sageirîent, 
comme lui,le peuple de Dieu passé de ses mains dans les vôtres ? Obsccro ut 
fiât in me duplex spiritus tuus ! Dieu a récompensé votre piété filiale, en 
vous instituant l'héritier des dons et des lumières dont il avait enrichi votre 
vénérable Père. 

" Toi enfin, prélat vénérable et vénéré, dont la grande âme aime sans 
doute à errer en ces lieux, pour observer et surveiller encore tout ce qui s'y 
passe, permets au dernier de tes enfans de t'évoquer du lieu de ton repos, et 
de se prosterner devant toi, pour te rendre aujourd'hui l'hommage plein et en- 
tier, que j'eus peut-être le malheur de te refuser autrefois. Pardonne à mon 
erreur, et daigne écouter ma voix qui te fait amende honorable, et te conjure 
d'accepter, en réparation du passé, la promesse que je fais de n'oublier jamais 
ce que tu fus et ce que j'aurais dû être à ton égard ! ... Du haut du ciel, où 
j'ai la ferme confiance que tu règnes pour toujours, bénis moi ; bénis tous tes 
enfans! bénis tout ton troupeau chéri, et garde lui éternellement ton amour 
et ta protection! 

" Mais il est temps que je m'arrête, et que je vous prie, pontife du Die» 

vivant, de continuer le sacrifice que j'ai trop long-temps interrompu Les 

jugemensde Dieu sont quelque fois bien différens de ceux des hommes ; et 
qui sait, si pendant que je le loue en ce monde, l'illustre défunt ne souffre 
point dans un autre ? Hâtez-vous donc de plonger son âme dans le sang de 
l'agneau sans tâche, pour achever de la sanctifier et de la rendre digne de 
voir et d'aimer, dans le ciel, celui qu'elle aima assurément beaucoup, mais 
peut-être imparfaitement, sur la terre.... Nos prières vont se joindre aux vô- 
tres ; et dans les sentimens d'une foi vive et d'une humilité sincère, nous di- 
sons comme vous et avec vous : Nous vous supplions, Seigneur, de lui accor- 
der le lieu du rafreithissement, de la lumière et de la paix : locum refrigerii, 
lucis et pacis ut indulgeas, deprecamur. Jlmen. 

C- LA ROCQUE, Ptije, 

Blairfindie, 22 Avril 1841. 



(1) Le cercueil de l'évêque est placé sur une masse de pierres, élevée de 
trois ou quatre pieds audessus du sol, et recouverte d'une voûte en briques \ 
c'est à cette disposition du monument que le prédicateur fait allusion. 



n